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Une vie de Rom

ou la contrainte de l'exil

Documentaire photographique

Des portes de Paris aux Carpates, Gil Roy, reporter photographe, suit depuis quatre ans les habitants d'un village Roms au gré des expulsions et des allés retours chez eux, en Roumanie.

Ce documentaire photographique, dont un extrait est présenté ici, a été la première étape avant le tournage d'un film documentaire et l'écriture d'un livre sur le même sujet.

PARIS XXème - hiver 2011
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Au village des Carpates - printemps 2012

 

« C'est les vacances ! » crie la petite Denissa, ex-écolière parisienne expulsée trois fois dans l'année.


Avril 2012, il est temps de retourner en Roumanie, fini la police, les expulsions, les cabanes en bois, les poubelles, le marché de la misère porte de Montreuil et sa brigade à cheval. Le printemps arrive et les Carpates se couvrent de vert autour du petit village qui revit au fur et à mesure que ses habitants exilés réinvestissent leurs maisons.


L'immatriculation des camionnettes (E, F, GB, D, I, etc.) et les "hello", "Ola" des enfants témoignent de l'ampleur du phénomène migratoire de la population Rom en Europe. Mais si partir est, pour eux, une nécessité, les véritables raisons de cet exil forcé - pourtant connues - sont en revanche difficiles à déceler au premier coup d’œil.  Ils ont l'air tellement heureux de rentrer. Comme la plupart des maisons, la longère de Nicolaï où je suis hébergé est plutôt jolie. Une fois l’eau courante et l’électricité rétablies, le confort est là, contrastant avec les conditions des  bidonvilles où je les ai toujours connus.


La vie au village est agréable. Les voisins s'invitent à manger, échangent sur l’année passée loin de chez eux. Les enfants se retrouvent et jouent sur le chemin ou dans les prés. Les occasions de se réunir ne manquent pas : mariage, Pâques et ses préparatifs, élection du président du village, anniversaires, etc. Ils sont fiers de me vanter la qualité de l'air, de l'eau de la montagne, le vrai goût de leurs tomates. Ils m’initient à leurs plats traditionnels et me font partager leur mode de vie qui ressemble beaucoup à celui de nos villages naguère. Les coutumes sont certes différentes mais les valeurs et les rêves sont les nôtres : une famille, du travail, une jolie maison.


Pourtant dans l'ombre de leur liberté se cache la douleur d’hommes obligés de quitter leurs terres et leur pays. Victimes d’une ségrégation de facto, ils sont traités en parias. Lorsqu’ils se déplacent en ville les regards et les gestes ne mentent pas. Et même si la Constitution roumaine prône l’absence de distinction de race et d'origine ethnique, l’égal accès au travail ou à l’école n’est pas respecté. Les plus âgés parlent souvent de l’époque où le communisme leur offrait travail et école obligatoire. Après la chute du régime ils racontent le temps du business sur les routes, la vente de quincaillerie achetée en ville ou la récolte des noix, puis l'ouverture des frontières et l'obligation de partir. Comment en effet passer l'hiver en Roumanie par -25°, sans argent pour se chauffer ou se nourrir ? À voir les cabanes et les visages fatigués des quelques personnes qui restent à l'année, l'exil semble encore la solution la moins rude. Oui, il y a plus pauvre que les Roms du périphérique ! Dans nos métropoles ils sont le visage de la misère, mais au village, où leurs voitures croisent les charrettes, ils incarnent la réussite. Une réussite qu'ils payent au prix fort en venant faire de l'or avec nos poubelles.


Une fois les maisons rafraîchies et l'argent épuisé, ils devront reprendre la route vers l'ouest et affronter dix mois de sacrifices et de persécutions dans des pays qui ne veulent pas d'eux non plus. Pour conserver leur maison, il leur faudra subir les privations. Mais ils ne l'évoquent pas car « Peut-être que demain on pleurera mais maintenant c'est bien, alors on sourit et on y pense pas.  C'est ça la vie des Roms ! » me lance Catalin, 17 ans, comme si c’était sa plus belle leçon de vie.

                                                                                                                                                                                                                                                                             

Source : Article publié dans La Chronique D'Amnesty International de mars 2013 - Gil Roy

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